Coursier spécial pour course spéciale

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Coursier spécial pour course spéciale

Message par Alexandrov Kalistarine le Lun 15 Mai - 0:17

Le bal de la Reine avait été plus que mouvementé, et le résultat en était quelque peu mitigé pour Alexandrov.

Certes, il avait pu approcher deux personnalités importantes, l'une à la codirection du groupe multinational pour lequel il effectuait des missions de temps en temps, l'autre rien moins que la Reine d'Angleterre en personne. Cela avait été son but d'attirer leur attention, de se faire remarquer afin d'éveiller leur curiosité et leur intérêt, et quoi de mieux pour cela qu'un homme mystérieux apparu de nulle-part pour leur sauver les fesses puis disparu tout aussi mystérieusement. Il s'était assuré de leur laisser suffisamment d'informations pour qu'elles puissent le retrouver plus tard sans effort. Son nom, rien que ça, et celui de sa société puisque c'était le même.

Mais il avait pris des précautions voilà bien des années. Sa résidence principale et le siège de sa société étaient tous deux au philippines, à la vue de tous, mais son véritable lieu de retraite, la demeure où il entreposait son butin, était bien loin de là, achetée sous un autre nom, dans un lieu hautement secret dans le sens où absolument rien de le reliait au nom d'Alexandrov Kalistarine. C'était là également que se trouvait le serveur principal du Flybot, le serveur fantôme étant caché ailleurs, hors réseau jusqu'à ce qu'il soit nécessaire de l'activer.

C'est là qu'il comptait retourner après les évènements de Londres, afin de faire le point et de se préparer pour la suite, qui ne manquerait pas d'être intéressante. Il avait des plans pour l'avenir, et il devait commencer à les mettre en branle sans tarder. Mais sans se précipiter non plus, car ce qu'il adviendrait avec ces deux puissantes femmes pouvait, si les choses se passaient bien, lui offrir bien plus de possibilités qu'il ne l'avait escompté. Cette malheureuse attaque terroriste sur le palais royal avait été du pain béni pour lui.

Seulement avant de rentrer, il en avait profité pour régler quelques affaires en suspens en Angleterre, un détail à renégocier sur un ou deux contrats, un notable à intimider, une autre à "intéresser", bref tout un jeu d'influences à étendre.

Ce n'est que quelques jours après la soirée d'anniversaire, alors qu'il retournait à son hôtel dans une bourgade à 200 km au nord de Londres (il en avait changé après la soirée), qu'il reçu un étrange coup de téléphone. Au bout du fil, un homme qui parlait de façon formelle se présenta comme un messager d'Utopia, et qui proposa à Alex rencontrer son "employeur" afin de discuter d'un travail spécial.

Voilà qui était pour le moins inattendu, et cela éveilla immédiatement sa méfiance. Ce n'était absolument pas la méthode habituellement utilisée par Utopia pour lui proposer des contrats. Il avait pour cela une boîte mail "secrète", beaucoup plus sécurisée que le téléphone, réservée exclusivement à cet usage. Cela sentait le traquenard...

Cependant, quelques minutes plus tard, il reçu justement sur cette boîte mail un message correspondant davantage à ce dont il avait l'habitude, ce qui lui donna à réfléchir. D'un côté, la procédure habituelle pour lui proposer un contrat, et de l'autre, on sortait des sentiers battus et on lui parlais d'un travail spécial. Et de rencontrer son employeur.

Mais quel employeur, au juste ? Alex connaissait trois des dirigeants d'Utopia en comptant Mrs Devy qu'il avait rencontré à la soirée, et les contrats n'indiquaient jamais pour lequel il étaient effectués, ou même si c'était pour l'un de ceux-là, car ils pouvaient très bien s'être transmis son contact jusqu'à des instances dont il n'avait pas connaissance.

Il avait vraiment hâte que cette situation gênante prenne fin, il avait horreur de ne pas savoir pour qui il travaillait ou de ne pas savoir quelles étaient les implications de ses actes. Mais il avait des plans, et pour les mettre en œuvre, il avait besoin de beaucoup plus de ressources, et pour cela, il avait encore besoin d'Utopia. Pour l'instant. C'est pourquoi, tenté de décliner de crainte d'un traquenard, il se rendit tout de même sur le lieu du rendez-vous le lendemain. Avec précaution toutefois. Son sac-sans-fond était caché sous sa veste, solidement attaché à sa chaînette en alliage d'acier-titane carboné (la couche d'argent et d'or la recouvrant n'étant là que pour faire croire à un bijoux fantaisie, une vieille montre ou quelque chose du genre), contenant la plupart de son arsenal, terrestre et extra-terrestre. Deux gardes en civil le suivaient à distance respectable alors qu'il approchait du bâtiment indiqué, une tour de bureaux au cœur de Londres.

Lorsqu'il se présenta à la réception, on le fit attendre quelques minutes, et la réceptionniste lui proposa un verre de whisky pour patienter, qu'il accepta avec un sourire. C'est en avalant sa quatrième gorgée que la tête commença à lui tourner, et qu'il constata du même coup que la réceptionniste le regardait d'un drôle d'air tandis que deux hommes imposants en costume sombre s'approchaient de lui. Sa vue se troubla, et il lorgna le fond de son verre d'un œil mauvais.

- Et merde ! Grogna-t-il en russe avant de perdre connaissance.

***********

Il revint péniblement à lui assit dans une voiture en train de rouler, et il ne voyait rien à part quelques points de lumière flous.

- Ah ! Monsieur Kalistarine se réveille ! Dit un homme à côté de lui. La sieste a été bonne, j'espère.

Il avait l'impression qu'un marteau-piqueur essayer de se frayer un chemin hors de son crâne. Comme sa vue s’éclaircissait, il compris que ces points de lumière étaient le jour s’infiltrant entre les mailles de la cagoule qu'il avait sur la tête.

- Si vous n'êtes pas une mannequin antillaise, alors je peux vous dire que j'ai connu de meilleurs réveils, répondit Alex d'une voix pâteuse. Où m'emmenez-vous ?

- Et bien, à votre rendez-vous ! Répondit l'homme comme si c'était l'évidence même. Notre employeur désire vous rencontrer en un lieu davantage à sa convenance, mais étant très prudent, il préfère éviter que vous sachiez où cela se trouve.

- Bien entendu ! Rétorqua-t-il avec un rire ironique, et le martelage dans sa tête redoubla. Qu'est-ce que vous m'avez donné ?
- La Terre regorge d'inventions fabuleuses, M. Kalistarine, et la chimie en est une. Ce que vous avez avalé est un petit  cocktail de GHB, d'endorphines alpha et gamma et de DMT. Un mélange très intéressant qui vous fait perdre conscience sans vous assommer et vous permet de continuer à vous mouvoir mais vous rend simplement très... obéissant, si ce n'est une démarche d'ivrogne. Une petite merveille. Bien moins efficace que le penthotal pour obtenir des réponses, mais très utile pour suggérer un comportement voulu sans éveiller l'attention d'éventuels témoins.

- Je vois.

C'était extrêmement déplaisant. Il s'était laissé avoir comme un débutant, maintenant à la merci d'il ne savait qui, sans aucun moyen de s'en sortir car ses mains étaient attachées ensembles. C'était une leçon qu'il n'était pas prêt d'oublier. Il remua légèrement sur le siège de la voiture, et fut soulagé de sentir la boursouflure de son sac-sans-fond sous sa veste. Il ne pouvait pas l'atteindre mais au moins il était toujours là.

Quelques minutes plus tard, la voiture s'arrêta, et Alex fut conduit un peu plus loin, deux types le guidant en lui tenant fermement chacun un bras.

- Doucement les gars, on va pas au bal !

Il ne voyait rien, mais ses oreilles fonctionnaient encore malgré le marteau-piqueur dans son crâne, et il entendait le  bruit des véhicules au loin, comme un fond sonore ténu emplissant l'atmosphère. Il était encore en ville, ou pas loin. On le fit avancer d'une secousse, une porte se ferma derrière lui et les bruits de la ville s'estompèrent. L'intérieur d'un bâtiment.

- J'espère que vous ne traitez pas vos femmes comme ça, les gars. Mais non, suis-je bête, vous n'en avez pas, pas vrais ?

Sa voix ne raisonnait pas, et la porte, en se fermant n'avait pas fait un bruit métallique mais le son d'une porte normale comme on en trouve partout, il n'était donc pas dans un entrepôt ou quelque chose d'approchant. L'isolation sonore par rapport à l'extérieur suggérait un double-vitrage. S'il devait parier, il dirait qu'il se trouvait dans une maison ordinaire. Au moins, on avait évité le cliché.

On le fit avancer à nouveau, le guidant sans douceur et à un moment, il manqua trébucher. Le sol était soudainement devenu moins régulier et son pied avait buté sur une aspérité. En réalité, tout l'environnement venait de changer brusquement. Il faisait plus froid, et humide, et le son d'un caillou poussé par une chaussure se répercutait en écho de loin en loin comme dans un tunnel. Même le peu de lumière qui parvenait à filtrer à travers le tissu de la cagoule qui lui obstruait la vue semblait plus faible et plus... orangée. Il venait de traverser un portail, il n'était plus sur Terre. On le fit marcher longtemps. Heureusement, son mal de tête fini par s'estomper. On lui fit grimper plusieurs volées de marches, l'air se réchauffa et la lumière devint plus vive.

Lorsqu'enfin on lui retira sa cagoule, tout en lui libérant les mains, il lui fallu quelques instants pour que ses yeux s'accoutument à la luminosité qui lui sembla excessive après ces ténèbres. Une immense porte à double-battant, en bois sombre chargé de sculptures, se trouvait juste devant son nez, et il n'eut pas le temps de regarder autour de lui avant qu'elle commence à s'ouvrir.

- M. Alexandrov Kalistarine ! Annonça une voix de stentor.

La porte donnait sur une immense salle sans aucun meuble au dallage lustré brillant dans la lumière du jour qui se déversait à flots par les grands vitraux. Entre chaque fenêtre, des tentures aux couleurs chaudes agrémentaient les murs, éclairées par des torchères ouvragées de métaux précieux, d'immenses lustres chargés de chandelles et décorés de cristal ajoutant encore à la luminosité des lieux. Au bout de l'immense salle, une sorte d'estrade s'élevait de trois marches, surmontée d'un dais bleu frangé d'or. Sur cette estrade se trouvait un trône imposant, chargé de dorures et abondamment sculpté, dont le dossier montait haut de sorte de l'emblème d'or et d'argent qui y était incrusté rutilait au-dessus de la tête de toute personne qui s'y assiérait.

Comme on le poussait dans le dos, Alex s'avança dans la salle, le bruit de ses pas sur les dalles luisantes raisonnant tout autour de lui. La personne assise sur le trône, royalement drapée de somptueux atours, le regardait avancer, impassible, patiemment, le dominant de toute la hauteur de sa position privilégiée. Il ne put s'empêcher de frissonner en songeant à une araignée regardant la mouche s'approcher de sa toile. Il s'arrêta au bas des marches.

- Madame Devy ! Je vous remercie pour cette courtoise invitation.

Ainsi, c'était aussi une Légende. Cela faisait trois Légendes, sur les trois dirigeants d'Utopia qu'il connaissait. C'était beaucoup, un carton plein. Un groupe international, puissance économique et politique, avec la mainmise sur les échanges d'information du monde entier et un quasi-monopole sur les médias, dirigé entièrement, ou peu s'en faut, par des ressortissants d'autres mondes...

Si le soupçon qui commençait à germer dans sa tête venait à se confirmer, cela risquait de bouleverser ses plans. Il allait devoir les réadapter un peu pour prendre en compte cette effrayante éventualité. Il eut envie de rire en songeant à tous ces pays dans le monde qui essayaient de lutter contre l'immigration venu des pays voisins, sans se douter que leur monde avait déjà été envahi. Par d'autres mondes. Tellement risible, si ce n'était si terrifiant.
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Re: Coursier spécial pour course spéciale

Message par Catherine de Lystera le Mar 6 Juin - 13:58

La trahison était difficile à encaisser. James Moriarty était l’homme qui était venu la chercher quelques années plus tôt, la sortir de la prison qui lui servait de monde pour lui montrer toutes les richesses de possibilités qui l’attendaient à l’extérieur, elle en était venu à le respecter avec le temps, voir même à lui accorder une certaine forme de confiance. Pourtant non content d’avoir envoyé un individu de son univers natal pour sauver et conduire Blanche-Neige en lieu sûr, il s’en était ensuite vanté ouvertement devant elle. Cerise sur le gâteau, ses informateurs lui avaient fait parvenir peu de temps après une photo prise sur un article de journal people de sa belle-fille en compagnie d’Hadès.
Catherine arpentait sa chambre de long en large, plongée dans ses pensées et à la recherche d’une solution à ses problèmes. Utopia avait toujours été un moyen et non une fin en soi. Ses membres s’entraidaient tant que l’un ne chassait pas sur les plates-bandes de l’autre et ce fragile équilibre permettait à chacun de mener ses affaires en profitant de la puissance que lui offrait la multinationale. Elle n’était pas assez stupide pour ne pas savoir que cette situation était provisoire et que, tôt ou tard, l’un d’eux briserait l’équilibre pour essayer d’obtenir plus – la Terre par exemple – mais ça arrivait trop tôt et elle n’aimait pas du tout cela, elle n’était pas encore prête à combattre sur tous les fronts. Ses tentatives d’asservissement des populations et de colonisation de certains univers commençaient tout juste à donner des résultats et demandaient un gros déploiement de forces, une partie de son réseau d’informateurs était mobilisé pour retrouver la trace de Blanche-Neige qui semblait avoir totalement disparu depuis plusieurs jours – certainement grâce à Moriarty -, et il y avait son propre royaume à protéger des invasions et des rebelles. Heureusement, ces derniers s’étaient calmés depuis la disparition de la princesse, leur mouvement s’essoufflait. La reine se figea soudain, prise d’une rage soudaine et envoya valser un vase en imaginant mille et une manière de faire souffrir James. Sans cet opportun, sa belle-fille serait morte et elle aurait enfin triomphé des humains et réécrivant son histoire selon ses propres termes. Il fallait qu’elle reprenne le dessus et cela signifiait agir au plus vite.
Actionnant un levier secret, la reine dévoila un passage dérobé et s’engouffra à l’intérieur. Les torches s’enflammèrent aussitôt qu’elle pénétra dans le passage et elle traversa un long couloir sans un regard pour la porte qui se refermait derrière elle. Quelques instants plus tard, elle pénétrait dans une grande pièce comportant un unique objet au sommet de trois marches : un miroir. Comme à chaque fois, Catherine se sentit apaisée en voyant l’objet. Le miroir était entré dans sa vie alors qu’elle était jeune fille et avait toujours été là pour la conseiller, la soutenir. Grâce à lui, elle avait survécut à de terribles évènements et se tenait désormais à la tête d’une puissante nation. Aujourd’hui ne faisait pas exception, elle avait besoin de lui.


-Miroir, mon beau miroir, dit moi qui est la plus belle d’entre toutes, lança-t-elle en faisant face à son image.

Son reflet parut soudain prendre vie pour lui renvoyer l’image d’un visage flou mais bien distinct et une voix familière s’éleva soudain.

-C’est toi, ma reine. Ta beauté n’a d’égal dans cet univers mais loin, très loin d’ici, Blanche-Neige est encore mille fois plus belle.

Comme à chaque fois, Catherine sentit une haine viscérale l’envahir. Mais cette fois, la colère était autant dirigée contre sa rebelle de belle-fille que contre celui qui la protégeait.

-Que dois-je faire pour me débarrasser enfin d’elle ? L’enfant est protégé par de puissants alliés.

- Trouves un chasseur à la hauteur de la tâche.

Catherine eut un geste de dédain et se détourna du miroir.

-Un chasseur ? Nous savons tous les deux que ce terme induit un échec systématique. L’histoire a été écrite ainsi.

Même le démoniaque Lestat n’avait pu mener sa mission à bien, c’était dire !

-Puisque l’univers mère bride la puissance des êtres légendaires, il te faut trouver un individu qui puisse compter sur son esprit plutôt que sur sa force brute, sur la technologie plutôt que la magie.

-Un terrien ?

-Les créateurs ne sont pas influencés par les histoires. Il réussira là où les êtres légendaires ont échoué.

-Un tel homme n’est pas facile à trouver. Je n’ai guère le temps de mettre un individu au secret et de le former.

-Pourquoi chercher si loin ce que tu as sous tes yeux ? Un candidat s’est déjà distingué.

Le reflet se flouta pour laisser entrapercevoir l’image d’un homme blond, une trentaine d’années…

-Je connais ce visage… Elle fouilla dans sa mémoire pour rechercher le nom de l’homme qui l’avait aidé à ce soir de bal. Kalistarine. Il est vrai que cet homme a prouvé son efficacité mais sa loyauté va au plus offrant. Je ne suis pas la seule d’Utopia à avoir fait appel à ses services, comment puis-je être certaine qu’il ne me trahira pas au profit de Moriarty ou d’Hadès ?

-Assure toi d’être suffisamment généreuse, ma reine, et il donnera ce que tu lui demande.

Catherine réfléchit quelques instants. Il était vrai qu’Alexandrov Kalistarine était autant capable de faire de l’espionnage que des missions musclées et il avait toujours donné des résultats sur le terrain lorsqu’elle l’avait employé. Son ascendance terrienne lui offrait une solide connaissance des folklores et fictions de sa planète, ce qui était un réel avantage. Il était certes incapable de voir les portails et de les traverser seul mais elle pouvait toujours lui donner un homme pour pallier à ce problème. Effectivement, il semblait être l’homme de la situation.

-Nous verrons cela.

Elle le testerait avant de prendre sa décision finale. Il convenait d’abord d’évaluer ses réactions dans un certain contexte, de l’interroger pour juger de sa loyauté. D’ordinaire, elle n’entrait jamais en contact directement avec les mercenaires qu’elle employait, elle n’avait pas que ça à faire ! Mais cette fois c’était différent, elle comptait jauger cet homme par elle-même. Elle lui devait bien ça pour le remercier de son aide au bal. Oh, elle ne doutait pas qu’il n’était pas venu lui porter secours par hasard alors que tant d’autres en avait besoin mais qu’importait au final puisqu’il l’avait fait. Le premier teste serait de le faire venir ici, à Lystera. Elle était curieuse de voir s’il était capable de garder son sang-froid dans une situation qu’il ne maitrisait pas et où il était possiblement en danger.

***

Installée sur son trône, Catherine contemplait la pièce d’un air agacé. Sa cour avait été renvoyée, la pièce était quasi vide si ce n’était une tripotée de gardes placés aux endroits stratégiques. Un rapport lui était parvenu quelques instants plus tôt : un petit groupe de résistants aurait été dénoncé dans un village au sud. Comme d’habitude, la reine avait été intransigeante : aucune clémence pour ces parasites ni pour toute personne suspectée d’avoir collaboré de près ou de loin avec eux. Bientôt, la rébellion serait définitivement écrasée. N’était-il pas honteux qu’un peuple se retourne contre sa propre reine ? Oh, Blanche-Neige y avait grandement contribué mais elle seule  possédait la légitimité de monter sur le trône à sa  place. Maintenant qu’elle était partie, nombre de seigneurs qui la soutenaient préféraient faire profil bas. Le retour de l’enfant risquait de réenflammer le mouvement et elle prenait la chose encore plus au sérieux maintenant qu’elle savait qu’au moins deux utopiens avaient pris le parti de son ennemie.
Soudain, une porte s’ouvrit et un soldat pénétra dans la salle. Il s’avança jusqu’à une distance raisonnable et mit un genou à terre.

-Votre majesté, Alexandrov Kalistarine est ici. Souhaitez-vous le recevoir maintenant ?

Ah, enfin une bonne nouvelle. Du moins elle l’espérait. Si Alexandrov la décevait au cours de l’audience elle n’hésiterait pas à se débarrasser de lui plutôt que de  le laisser repartir et prendre le risque qu’il serve le parti de ses ennemis. Vu la nature de la mission qu’elle envisageait de lui confier elle ne pouvait se permettre qu’il aille rapporter ses futurs projets à d’autres.

-Faites le venir.

Quelques instants s’écoulèrent avant que la porte ne s’ouvre à nouveau pour laisser place à l’invité.

- M. Alexandrov Kalistarine !

Il s’approcha et elle eut tout le loisir de l’observer pendant qu’il marchait. Débraillé, les cheveux légèrement en pétard, l’aspect négligé de l’individu indiquait clairement que ses hommes avaient bien suivi ses recommandations quant au traitement à lui réserver. Il ne semblait pas avoir reçu de coups, elle en déduit donc qu’il n’avait pas tenté d’opposer de résistance. Kalistarine avait l’air d’être un homme raisonnable et son expression ainsi que sa posture semblait indiquer une certaine aisance. S’il avait peur, il le cachait merveilleusement bien. Ce n’était pas donné à tout le monde de contrôler ses émotions dans de telles circonstances. Il s’arrêta en bas des marches et sans paraitre le moins du monde déstabilisé par l’environnement royal dans lequel il se trouvait, l’interpella comme il l’aurait fait sur Terre.

- Madame Devy ! Je vous remercie pour cette courtoise invitation.


Catherine admira l’aplomb dont il faisait preuve. Les nombreux soldats présents et lourdement armés ne semblaient pas l’inquiéter, pas plus que le fait de risquer de faire un faux pas en présence d’une reine dont il ne savait rien. Ses hommes ne l’avaient peut-être pas assez brusqué sur le chemin en fin de compte.

-Et je vous remercie d’y avoir répondu de bonne grâce. Bienvenu à Terreflamme, monsieur Kalistarine, j’espère que le voyage a été agréable, le provoqua-t-elle sur un ton très calme. Si ses  lèvres formaient un semblant de sourire, son regard était glacial comme toujours. Vous avez certainement des questions. Je peux peut-être répondre à une ou deux d’entre elles avant de rentrer dans le vif du sujet.
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Catherine de Lystera
La méchante belle-mère de Blanche-Neige

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