Veauce : murailles et pinailles

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Veauce : murailles et pinailles

Message par Alexandrov Kalistarine le Dim 4 Sep - 19:29

Il était tôt lorsqu'Alexandrov quitta son hôtel, accompagné de Lans, un soldat originaire de Lystera, pour se rendre au château du coin. Celui-ci était un site classé et n'ouvrait pas ses portes aux visiteurs, mais il était possible de flâner dans ses cours et jardins, il ne serait donc pas bien difficile de s'introduire à l'intérieur de la bâtisse peu surveillée.

C'était une mission ordinaire, pour ne pas dire tranquille, et Alex avait un peu de mal à comprendre pour quelle raison on avait fait appel à lui pour se genre de besogne routinière. Mais la rémunération était correcte (un unique accès à un portail de son choix au moment de son choix, en l’occurrence), il avait donc accepté la tâche, n'ayant rien d'urgent à traiter dans l'immédiat.

Il s'était défait de son costume pour l'occasion et avait revêtu une tenue plus ordinaire, afin de passer inaperçu parmi les touristes et les promeneurs. Face à son insistance, son irascible compagnon avait fait de même. Il se dirigeaient maintenant tous deux vers le vieux bâtiment de pierre, perché sur une colline qui surplombait le village de Veauce, coin paumé en plein cœur de la France.

Certaines instances haut-placées d'Utopia avaient l'habitude de vérifier les lieux auxquels étaient attachées des légendes et folklores étranges pouvant indiquer la présence d'un portail dans les environs. C'était à cela qu'avait servit la première reconnaissance de Lans, et cela avait été une bonne pioche. En visitant les lieux, il avait repéré un portail dans le donjon de la tour sud-est, et il incombait maintenant à Alex la tâche de le franchir pour effectuer une reconnaissance de ce qui se trouvait de l'autre côté.

Les deux hommes avançaient donc d'un bon pas dans la fraîcheur matinale sur le chemin de gravier qui serpentait entre les ormes et les buis, Lans les guidant jusqu'à une porte de service dont il avait forcé la serrure pour entrer la première fois. Il mena Alex au sous-sol à travers des couloirs sombres et des pièces bordées de vieilles étagères vides, à la lumière de sa lampe-torche. Au bout d'un moment, ils s'arrêtèrent devant ce qui avait tout l'air d'être un cachot : petite pièce sans fenêtre dont l'épaisse porte en bois, restée ouverte, était percée d'une petit ouverture barrée.

- Nous y voilà, dit Lans laconiquement.

Alex posa alors une main sur son épaule et les deux hommes avancèrent avant de soudainement disparaître.

***

L'obscurité aurait été complète si Lans n'avait pas eu sa lampe-torche allumée au moment de traverser le portail. Les deux hommes se tenaient debout au milieu de la petite cellule, dont la porte était à présent solidement fermée. Le soldat éteignit et l’obscurité fut totale, pesante, brisée uniquement par le plic-ploc régulier de goûtes d'eau quelque part au loin, et de temps en temps par un gémissement à peine perceptible. Les deux hommes écoutèrent un moment pour s'assurer qu'il étaient seuls, puis Lans ralluma la lumière, et passa l'objet à Alex.

- Éclaire-moi mais couvre-la, murmura-t-il.

Puis il sortit d'une poche des outils d'il utilisa pour crocheter dans difficultés la serrure ancienne. Un "clonk" retentit, semblant assourdissant dans le silence absolu qui régnait ici. Il ouvrit la porte prudemment, regarda à l'extérieur puis fit signe à Alex. Ce dernier vérifia la présence de sa bourse à sa ceinture, une habitude peu utile car celle-ci y était solidement attachée par une chaînette capitonnée, puis s'engagea dans le couloir obscur, sa main cachant une bonne partie de la lumière de la torche.

- Huit heures, murmura Lans avant de disparaître derrière la porte qu'il refermait.

Alex progressa prudemment dans le couloir, tendant l'oreille au moindre signe de danger. Il monta une volée de marches, puis une autre, et franchit un porte qui le mena dans un couloir éclairé de bougies accrochées aux murs. En entendant des voix, il se dissimula rapidement dans un recoin obscur. Deux domestiques passèrent en discutant et s'éloignèrent.

***

Neuf heures plus tard, Alexandrov était revenu dans sa chambre d'hôtel. Il était à demi-allongé dans le lit, regardant distraitement la télévision dont le son était coupé tandis qu'il dictait son rapport au micro-ordinateur sur le bureau à côté de lui :

- Rapport de mission numéro SPE-12F4D : portail du château de Veauce. A la ligne. Le portail est situé dans une cellule donjon du château, dans le sous-sol de la tour sud-est. Point. De l'autre côté, celui-ci donne sur un lieu identique, mais qui semble avoir été plus récemment utilisé. Point. Après être sortit du donjon, j'ai pu constater que les lieux étaient habités, et j'y ai croisé cuisiniers en tenue, domestiques en livrée, etc. Point. J'ai pu parcourir quelques couloirs sans me faire repérer et constater quelques différences notables, deux points : les lieux sont entretenus et nettoyés, et l'ensemble est en bien meilleur état que de ce côté-ci du portail, corroborant le fait que les lieux sont actuellement habités. Point. L'éclairage comporte quelques lampes électriques mais est en grande partie constitué de lampes à huile. Point. Je suis parvenu à monter jusqu'au chemin de ronde, et voici mes observations, deux points : premièrement, tout le château semble occupé. Point. Le chemin de ronde lui-même est parcouru de ce qui m'a tout l'être des soldats en uniforme, m'obligeant plus d'une fois à redescendre dans les étages pour me dissimuler. Point. A l'extérieur de la bâtisse, aucune route goudronnée ne traverse la compagne mais on peut apercevoir plusieurs chemins de terre battue et quelques routes pavées constituent les axes principaux. Point. Le village au pied de la colline est beaucoup plus petit qu'ici, et les habitations ne correspondent clairement pas à une époque post-révolution industrielle. J'ai envoyé Flybot...

Alex s'interrompit. Mentionner le Flybot aurait été une erreur. Certes, il était tenu d'en faire la démonstration à Klymenos, ce qu'il ferait dès sa mission terminée pour ne faire qu'un voyage au lieu de deux, mais ce rapport s'adressait à quelqu'un d'autre, et pouvait tomber entre les mains de n'importe qui. Il prit une inspiration et repris la parole.

- Effacer la dernière phrase. J'ai poussé mes investigations jusqu'au village, ainsi qu'à l'intérieur du château où j'ai pu apercevoir des autochtones vêtus d'apparat de cours. Point. Je déduit de mes multiples observations tant des habitants que de l'environnement, que le monde du portail du château de Veauce est une réplique de la Terre une à époque reculée. Point. Considérant les indices que constituent un vendeur de journaux sur la place du village et quelques conversations captées à l'intérieur du château, je peut avancer avec une bonne probabilité d'exactitude qu'il s'agit approximativement de la fin du 19ème siècle. Point. Saut de paragraphe. Cette première journée d'exploration n'a mis en évidence aucun phénomène sortant de l'ordinaire par rapport au contexte historique et les conversations des habitants n'ont rien révélé qui s'écarte de la superstition propre à cette époque. Je joint à ce rapport des photographies prises sur les lieux. Point. Les fichiers annexe 1 à 6 représentent l'intérieur du château et ses occupants. Point. Les fichiers annexe 7 à 18 montrent les alentours du château. Point. Les fichiers annexe 19 à 27 montrent le village lui-même, ses habitants, ainsi que les alentours plus éloignés. Point. Saut de paragraphe. Le lieu de sortie du portail rendant tout voyage vers ce monde plutôt difficile à moins d'abandonner la discrétion, et au vu des éléments déjà rapportés, une seconde journée d'exploration ne me semble pas nécessaire ni même recommandée. Point. Fin du rapport. Signé : AK

Alex prit le petit ordinateur portable et relut sont travail. Une fois satisfait, du moins autant qu'il pouvait l'être pour un travail pas vraiment motivant, il compressa le tout en envoya l'e-mail sur la boîte sécurisée se son commanditaire. Il était maintenant obligé d'attendre un réponse avant de décider s'il partait ou restait encore un peu sur place. Dans les deux cas, il était trop tard pour lever le camp maintenant et il serait obligé de passer une nuit de plus dans ce petit hôtel de campagne. Il n'était pas vraiment inconfortable, et Alex avait connu pire durant son service militaire, mais ce trou paumé au milieu de nulle part lui donnait l'impression de perdre son temps, et cela l'agaçait.

Au bout de quelques minutes, Lans sortit enfin de la salle de bain, complètement nu, s'essuyant les cheveux avec une serviette.

- Eh bien, dit Alex avec un sourire, tu aimes vraiment ça ma parole ! Cela fait au moins 40 minutes que tu es là-dessous.

Lans s'immobilisa et scruta Alex en se demandant si c'était du lard ou du cochon. Ce soldat semblait avoir la haine contre tout et il passait son temps à râler et pester. Pourtant, étonnamment, il répondit à Alex d'un sourire à moitié rictus.

- Tu te rend pas compte à quel point ce truc est une invention géniale !

Alex ignorait comment cela se passait dans le pays de Lans, mais cela ne devait pas être rose tous les jours. Étrangement, une bonne douche était la seule chose qui mettait le soldat de bonne humeur.
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Re: Veauce : murailles et pinailles

Message par Lucie le Lun 5 Sep - 19:21

Le temps s’écoulait imperceptiblement, année après année, et le château continuait à se dresser fièrement. Presque rien n’avait changé depuis 1560, ni dans la tour carrée, ni dans les murs de la bâtisse, la vie s’y succédait encore et encore et la pierre conservait la mémoire de tous ses habitants… et même des plus insignifiants.
Bien peux avaient eu vent du drame qui s’était joué il y a plus de trois cents ans, date fatidique où la châtelaine avait décidé de faire assassiner sa rivale, la femme que courtisait son époux. Lucie avait alors dix-huit ans. Issu d’une famille noble sans le sous, la jeune femme était parvenue à se faire employer au château comme domestique et travaillait dur pour gagner son pécule. Sa candeur juvénile et son visage d’ange avait fini par attirer l’attention du maitre des lieux et il l’avait alors poursuivi de ses assiduités pour obtenir d’elle ce qu’elle n’avait encore jamais offert à un homme. Ils jouèrent ainsi au chat et à la souris pendant plusieurs mois sans que jamais elle ne cède et leur relation évolua peu à peu en quelque chose d’inattendu et de plus fort. Le baron tomba éperdument amoureux de cette jolie servante, négligeant quelques peu sa propre femme qui en conçu une vive jalousie. Aussi, le jour où le baron parti guerroyer, la châtelaine fit enfermer Lucie dans une tour pour l’y laisser mourir de faim. La pauvre enfant eut si peur et périt de manière si affreuse que son âme ne put jamais trouver le repos et s’enracina aux lieux, continuant de le hanter longtemps après sa disparition. Peu de gens parcouraient le chemin de ronde le jour et encore moins la nuit, ce qui expliquait que la présence du spectre était restée si longtemps cachée. Pourtant, un jour, quelqu’un vint troubler l’errance de Lucie.


Le fantôme avait perdu toute substance de ce qu’il avait été jadis. Incapable de se souvenir de son propre nom et de son histoire, la créature ne gardait en elle que la terreur des derniers instants et l’écho de sa souffrance. Elle errait de ci et de là, ne s’éloignant jamais du lieu de sa mort et pleurant sa vie trop vite arrachée. Parfois, elle parvenait à apparaitre quelques instants aux yeux des vivants sous forme d’électoplasme pendant la nuit. Mais cette routine devait finalement changer.
Un jour, alors que Lucie errait pour une énième fois sur le chemin de ronde et entrait dans la tour carrée, elle aperçut tout à coup deux hommes apparaitre de nulle part en tenant une lumière. Alors qu’ils forçaient la porte pour sortir, la jeune fille s’approcha d’eux, attirée par la source de la lumière et les voix de ces vivants qui faisaient écho à un passé lointain. Peut-être qu’elle pouvait entrer en contact avec eux pour leur demander de l’aide ? Mais alors qu’elle s’efforçait de sortir de sa torpeur pour tenter de communiquer, les hommes s’éclipsèrent de la pièce. Le spectre les regarda partir sans bouger d’un pouce. Elle était, de toute façon, bien trop faible pour tenter la moindre approche. Il lui fallait du temps pour récolter l’énergie pour matérialiser un fragment d’elle et le rendre visible aux yeux des gens et cela lui était plus facile la nuit sous l’astre apaisant de la lune. Oubliant rapidement cette visite imprévue, la jeune fille se remit à faire les cent pas en suivant toujours les mêmes lignes droites sans en avoir conscience et en rêvant à un moyen de sortir de sa prison. Puis à nouveau de la visite. Tiens, elle les avait déjà vus non ? Où étais-ce déjà ? Sans parvenir à se souvenir de la rencontre qui avait eu lieu huit heures plus tôt, Lucie se rapprocha d’eux, se délectant à la fois de la chaleur corporelle qu’il dégageait et d’une « compagnie » humaine qui était devenue beaucoup trop rare. Elle les suivi lorsqu’ils se déplacèrent dans la tour… et traversa finalement le portail avec eux.


***

Elle ne se rendit pas compte tout de suite qu’elle avait enfin quitté son château, son esprit était focalisé sur les deux hommes qu’elle se contenta de suivre jusqu’à l’hôtel. Jusqu’à ce qu’ils s’installent enfin et arrêtent de bouger. Alors elle commença à reprendre ses va-et vient comme elle avait l’habitude de faire, mais cette fois ci les choses étaient différentes, l’esprit de Lucie ne semblait plus conditionné pour suivre un itinéraire précis. Aussi, sans en avoir conscience, le fantôme se rapprocha des différentes sources d’énergies et de nouveautés, comme hypnotisé par ses dernières. La télévision en particulier capta tout particulièrement son attention. Alors qu’elle s’en rapprochait au point de la toucher et qu’elle se focalisait dessus, La télé se mit à grésiller et l’image se déforma quelque peu. Lucie observa le phénomène, captivée. Un moment plus tard, la fantômette se détourna pour regarder attentivement l’homme qui était installé sur le lit. Qu’était-il en train de faire ? Alors qu’elle s’approchait, le téléphone portable d’Alexandrov se mit à produire un son pénible, comme s’il s’apprêtait à recevoir un appel ou un message et que les ondes rencontraient des interférences.
Il communiquait de vive-voix dans un langage qui lui était à la fois étranger et familier mais ce qu’il racontait lui échappait totalement. A qui parlait-il ? Quel homme étrange... Elle se remit à arpenter la chambre puis traversa la porte pour visiter les couloirs. Aussitôt qu’elle disparut, la température de la pièce remonta de quelques degrés. La notion de temps était devenue une chose abstraite pour elle et elle ne revint que quelques heures plus tard, troublée. Rien de ce qu’elle ne voyait ne ressemblait à ce qu’elle connaissait et elle commençait à en prendre peu à peu conscience. Ne voulant pas perdre l’un de ses seuls points de repères, elle avait décidé de revenir auprès des deux hommes. La chambre était maintenant plongée dans la noir et l’étrange objet rectangulaire à peintures vivantes ne marchait plus… elle en éprouva une vive déception. Elle remarqua alors un objet tout aussi intéressant : branché à une prise de courant, le téléphone dégageait une toute petite lumière qui attira son attention. Alors qu’elle tentait de toucher l’objet, le téléphone refit le même son d’interférence qu’un peu plus tôt. Lucie s’éloigna, gênée par ce bruit étrange, et se rapprocha du lit pour se pencher sur le propriétaire de cet objet bizarre. Elle aurait donné cher pour pouvoir communiquer avec lui. Qui sait, peut-être qu’il pouvait la sortir de cet étrange et terrible rêve dans lequel elle semblait être emprisonnée depuis une éternité ? Sa main se posa sur le bras du blond… et le traversa. Lucie ne parut par remarquer la bizarrerie de la chose et se focalisa sur le visage de l’inconnu. Comment lui faire sentir sa présence ? Il paraissait dormir à point fermé et, alors que Lucie l’observait attentivement, leurs consciences se fondirent un bref instant.


***


L’air était froid de la tour était chargé d’humidité et la lumière filtrait à peine. Cela faisait un long moment qu’elle avait été enfermée là et la jeune femme commençait à désespérer qu’on lui ouvre la porte. Elle avait supplié, prié, pleuré… les heures s’enchainaient inlassablement et elle mourrait de faim. Recroquevillée sur elle-même dans un coin, la belle tenta de réchauffer ses membres frigorifiés alors que la nuit arrivait.

Allait-on la laisser mourir ici ?


Ainsi Alexandrov eut tout le déplaisir de traverser cet agréable moment avec la victime, de sa terreur à sa triste résignation lorsqu’elle comprit qu’elle allait périr ici, puis à sa lente agonie ; comme s’il avait été à sa place. La jeune femme parvint à tenir deux jours sans eau ni nourriture mais la troisième nuit fut si glaciale qu’elle eut raison d’elle. C’était peut-être un sort préférable à la mort par la faim…  
Alexandrov fut enfin libéré de l’emprise et sortit de son rêve cauchemar.


Le contact était établi.
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Re: Veauce : murailles et pinailles

Message par Alexandrov Kalistarine le Mar 6 Sep - 10:55

Le réveil fut pénible.

Alex avait été jeté sans ménagement dans cette petite pièce obscure que tous redoutaient, et ses genoux s'étaient écorchés sur le sol de pierre. On devait probablement être en pleine journée, pourtant, aucun rayon de lumière ne parvenait jusqu'à ces ténèbres profondes et l'obscurité était complète, absolue, l'enveloppant comme un linceul. Il était pris de panique, il pleurait et ne comprenait pas ce qu'il avait bien pu faire pour finir ici. Il frappait des poings un panneau de bois invisible en suppliant qu'on le laisse sortir, mais seul le silence lui répondait. Finalement, l'épuisement eut raison de lui et il finit par se laisser glisser le long d'un mur de pierre froide pour s'assoir sur un sol de pierre tout aussi froide qui lui gelait ses cuisses nues, et se laissa aller à sangloter dans son coin.

Pourquoi tout ceci ? Pourquoi lui ? Il n'avait jamais rien fait de mal. La vie n'était jamais tendre avec les petites gens, mais l'injustice de sa situation le frappait comme un marteau sur un fer insuffisamment chauffé.

Vêtu de sa seule chemise de nuit, le froid du lieu obscur le faisait frissonner de la tête aux pieds, ces derniers s'engourdissant au fil des heures contre la pierre glacée. Depuis combien de temps était-il ici ? Six heures ? Dix ? Une journée ? Même pas deux heures ? C'était impossible à dire. La peur, la faim et la soif, le silence et l'obscurité, étiraient interminablement les minutes, chacune rechignant à céder sa place à la suivante. Ses genoux lui faisaient mal, ses pieds et ses cuisses étaient engourdis par le froid et ses yeux le brûlaient d'avoir versé tant de larmes. Il était épuisé.

Et il était en détresse. Il savait ce qui arrivait aux personnes que l'on menait ici. Elles n'en revenaient jamais. Il avait toujours trouvé cela normal, avant. C'était un châtiment approprié pour les criminels qui tuaient ses semblables. Mais lui n'avait rien d'un criminel, il n'avait rien à faire ici !

A nouveau, il se leva, et retrouva au toucher le battant de bois pour abattre ses poings dessus et s'égosiller en suppliques inutiles. Il n'avait rien fait, il n'aurait pas du se retrouver ici.

L'éternité défilait sur place à une allure désespérément lente, et le froid s'insinuait en lui comme de l'eau imprégnant le bois progressivement jusqu'en son cœur. La faim le tenaillait, et la soif se faisait sentir de plus en plus cruellement. Il avait besoin d'aller aux toilettes aussi, mais il n'y avait rien d'autre ici que l'obscurité et le silence. C'était donc déjà la fin pour lui ? Si jeune et déjà au bout de sa route. L'avait-on jeté ici pour l'y laisser dépérir, périr et pourrir ? Et pour quelle raison ? Un regard trop appuyé ? Un sourire inopportun ? Avec un étrange détachement, il se demanda fugacement si, une fois mort, on remonterait son cadavre à la surface pour l'enterrer dignement, ou si on allait le livrer en pâture aux cochons. Ou bien peut-être le laisserait-on se décomposer complètement, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que ses os dans un coin de la pièce comme témoin silencieux de son supplice.

Il essayait parfois de se frictionner pour combattre le froid, mais à chaque fois, la fatigue le faisait rapidement abandonner. Il se sentait de plus en plus faible, et la faim lui contractait douloureusement l'estomac. Ses mamelons lui faisaient mal à force de frotter sur le tissu devenu rêche de son vêtement.

Qu'était-ce donc, ce qu'il sentait sur lui ? C'était humide, et chaud, agréable. Un liquide qui coulait le long de ses jambes nues. De l'urine. Au moins, cela lui apportait un peu de chaleur, toute relative qu'elle soit. Mais cela ne dura pas car, quelques minutes suffirent à transformer cette chaude humidité en froid mordant sur sa peau, et l'odeur qui en monta était entêtante, envahissante et désagréable. Il essaya d'essuyer ses jambes à l'aide de sa chemise de nuit, mais cela ne fit qu'empirer les choses, car celle-ci était elle aussi mouillée à présent et cela ne faisait qu'augmenter sa sensation de froid. Il aurait donné n'importe quoi pour un peu de chaleur. Pour échapper à ce froid qui l'enveloppait de partout, s'insinuait en lui et qu'il ne parvenait pas à fuir.

Comment pouvait-on infliger une telle horreur à qui que ce soit ? Comment pouvait-on lui infliger cela à lui ? Il n'était qu'une innocente jeune fille qui n'avait à rougir d'aucune exaction à l'encontre que qui que ce soit. Pourquoi une telle cruauté s'était abattu sur lui, si soudainement et implacablement ?

Il n'avait plus aucune force. Il était parvenu changer de coin, pour s'éloigner de la flaque humide répandue de l'autre côté de la pièce, mais à présent, il ne parviendrait même plus à se remettre sur ses jambes. De toute façon il ne les sentait presque plus. L'odeur d’ammoniac qui montait de l'urine le prenait à la gorge et lui donnait la nausée. Il aurait voulu pleurer, mais même cela lui était devenu impossible. Plus aucun larme à verser, plus assez de forces pour sangloter. Ses lèvres étaient devenues rêches, dures, et le moindre mouvement les craquelait douloureusement. Sa tête était trop lourde pour pouvoir la soulever.

Sa conscience commençait à s'effriter. Depuis combien de temps était-il ici ? D'ailleurs, où était-ce, ici ? Tout ce qu'il percevait était l'obscurité et le silence brisé uniquement par sa respiration. Etait-il seulement encore dans la réalité ? Mais quelle importance après tout ? Il voulait seulement que tout cela s'arrête. Il voulait fermer les yeux, s'endormir et ne plus jamais se réveiller. Se reposer.

Toute la moité inférieure de son corps avait disparu. Du moins c'est l'impression qu'il avait dans cet état de vague conscience engourdie. Ses mains non plus lui semblaient ne plus être là, et la douleur dans ses seins avait disparu. Il ne pouvait plus ouvrir la bouche, ses lèvres comme collées l'une à l'autre. Respirer devenait même difficile tant l'odeur était forte et tant il était épuisé. Allongé au sol, sans bouger, le froid gagnait son torse comme la détresse avait envahi son esprit depuis d'interminables heures. Il sentait son cœur battre dans sa poitrine comme un randonneur à bout de souffle mobilisant ses forces pour mettre un pied devant l'autre. Un battement de plus. Voilà. un autre maintenant. Juste un de plus.

Qui était-il ? Il n'en savait plus rien. Où était-il ? Pourquoi ? Cela n'avait aucune importance. Qu'était-il ? Sa conscience se délitait, s'envolant morceaux par morceaux. Au moins, la douleur s'amenuisait à mesure que son corps se faisait lentement avaler par les ténèbres.

Sa respiration était rauque et difficile, et l'air qui passait avec difficulté sa gorge desséchée lui provoquait une forte douleur. Sa langue était un bloc de pierre poussiéreuse dans sa bouche, et il aurait voulu pouvoir s'en débarrasser. Mais il n'avait plus de forces pour lever ses mains et les amener jusqu'à son visage, plus de forces pour bouger sa tête. Même plus de forces pour ouvrir les paupières. A quoi bon ?

Juste un battement de plus. Une inspiration, douloureuse, pénible, difficile.

Un seul battement, encore.

Puis une expiration...

Juste... un... battem...

***

Le réveil fut libérateur.

Alex tendis la main et alluma sa lampe de chevet et resta allongé un moment dans le lit moelleux, le regard dans le vague. Un pâle rayon de lumière du matin naissant filtrait de l'espace entre le volet et le mur et courait le long du mur au-dessus du lit. Tout avait l'air normal, pourtant il se sentait oppressé. Et il avait froid.

Qu'était-ce donc que cet étrange cauchemar ? Il n'en avait jamais fait de tel. C'était étonnamment, horriblement, réaliste. Il s'était sentit mourir. Pourtant, on ne pouvait pas mourir dans un rêve, on se réveillait toujours avant. Mais pas cette fois. Et en même temps, ce n'était pas complètement lui. Et cela avait duré une éternité. La notion de temps n'avait pas beaucoup de sens dans le paysage onirique, mais dans ce cas-ci, le temps avait été cruellement consistant.

Déjà, les détails du rêve s'estompaient dans sa mémoire. En voilà un dont il aurait préféré ne pas se souvenir au réveil, et il espérait qu'il allait l'oublier très vite.

Il se leva de son lit et alla à la salle de bain pour se passer de l'eau sur le visage.

C'était un rêve bien étrange. Rien de curieux à rêver de donjon et de cachot juste après en avoir visité un, mais la forme du rêve était vraiment inhabituelle. C'était bien plus structuré et cohérent qu'un rêve ordinaire, qui enchaînait sans logique des situations sans queue ni tête.

Finalement, il décida prendre une douche, cela achèverait de le réveiller. Une douche bien chaude.

Une fois propre et habillé, Alex récupéra son téléphone et regarda l'heure : 7h23. Il quitta la chambre, où Lans dormait encore dans l'autre lit, et descendit au rez-de-chaussé prendre son petit déjeuner. Un bon café bien chaud et quelques croissants, voilà ce dont il avait envie.
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Re: Veauce : murailles et pinailles

Message par Lucie le Mar 6 Sep - 14:22

Lucie n’avait pas voulu faire souffrir l’homme, seulement lui faire prendre conscience de sa présence en partageant avec lui l’un des seuls souvenirs qu’elle avait encore de sa vie d’avant. Elle était plutôt contente d'avoir réussi d’ailleurs, elle ne réalisait pas qu’Alexandrov aurait certainement préféré qu’elle lui fiche la paix ou qu’elle s’y prenne d’une toute autre manière…

L’inconnu se réveilla et alluma une lumière sans feu. Si l’esprit de Lucie n’était pas aussi embrumé elle aurait pu prendre peur, peut-être même qu’elle se serait interrogée sur les pouvoirs magiques de cet homme. Il se leva et se rendit dans la salle de bains ; naturellement elle le suivi. Il ne semblait pas avoir prit conscience de sa présence en fin de compte… mais elle ne perdait pas espoir ! La jeune fille le regarda se déshabiller sans réagir, le regard vide… puis, tout doucement, une lumière dans les ténèbres commença à éclaircir les brumes de son esprit et elle se prit à penser qu’elle ne valait guère mieux qu’une gourgandine. Le fantôme eut un temps d’arrêt alors que le blondinet disparaissait dans la douche. Pourquoi avait-elle l’impression de faire quelque chose de mal ?


« Je ferai honte à ma tante… »

Cette pensée fusa et à, une fois encore, le spectre ne comprit pas bien à quoi elle venait de faire allusion. Se laissant toutefois portée par son sens moral nouvelle acquis, elle quitta la salle de bains et attendit dehors. Réfléchir lui était difficile, c’était comme si elle était plongée dans un cauchemar dont elle ne parvenait pas à sortir. Tout ce qui faisait d’elle une personne à part entière était hors de portée. Pourtant… pourtant il semblait qu’une porte s’était ouverte lorsqu’elle avait abandonné le château pour suivre ces hommes.
L’homme sorti de la douche. Il portait encore ces habits étranges… (Etranges ? Pourquoi trouvait-elle cela étrange ?) et attrapa cet objet bizarre qui se remit à réagir dès qu’il le toucha. Alors que Lucie s’approchait pour étudier ça de plus près, le téléphone se remit à émettre ce son désagréable. Elle emboita le pas  au blondinet lorsqu’il quitta la pièce sans remarquer le fait qu’elle traversait, une fois de plus, les meubles et les murs qu’elle croisait, et le suivi dans une grande pièce où quelques rares personnes mangeaient… des choses. Lucie avait de plus en plus le sentiment perturbant de ne rien reconnaitre et de plus être à sa place, comme si elle n’aurait pas dû se trouver là. Ce sentiment de malaise lui faisait éprouver une nouvelle forme de peur bien différente de ce qu’elle avait ressenti en agonisant dans la tour carrée. Par sécurité, elle chercha la proximité avec son ancre, cet homme aux cheveux blonds qui semblait parfaitement à l’aise dans cet environnement hostile. Il faisait comme tous les autres, buvait et mangeait… vu le mobilier et l’abondance de la nourriture, cela devait être un lieu qui accueillait des gens fortunés.

Un son mélodieux accompagné de rires raisonna comme un écho à un passé lointain et oublié.


L’ambiance ici était plutôt calme et sereine, reposante…
Mais la seule chose qui intéressait Lucie était cet inconnu qu’elle tentait désespérément de contacter. Elle aurait pu choisir son compagnon, pourtant elle s’était tourné vers lui… la confiance et la maitrise qui émanait de lui l’avait attirée.
Lucie s’assit sur la chaise en face de lui. Et non, elle ne passa pas à travers. Il lui semblait tellement naturel de pouvoir s’appuyer sur ce meuble qu’elle put le faire sans problèmes (ou bien peut-être qu’elle flottait, ce qui lui en donnait l’illusion). En revanche, ce fut plus difficile quand elle voulut toucher la main d’Alexandrov. Son voisin du sentir un coup de froid quand elle le traversa. Agacée, elle réitéra l’expérience plusieurs fois avant de balayer la table d’un geste rageur, ce qui eut pour effet de faire voler la petite cuillère par terre.
Un sourire béat éclaira le visage de la belle Lucie qui se sentit fière d’avoir réussi –on ne sait comment- ce prodige.
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Re: Veauce : murailles et pinailles

Message par Alexandrov Kalistarine le Jeu 8 Sep - 15:32

Bien qu'il ne crachait jamais sur un bon café, Alexandrov n'en était pas un amateur invétéré comme certaines personnes incapable de commencer leur journée sans leur dose, pourtant, ce matin-là, cette tasse de liquide chaud lui fit un bien fou. Le regard dans le vague en sirotant le liquide noir, il repensa à ce rêve et un frisson lui parcouru l'échine. Il se souvenait d'un cachot sans la moindre lumière, de faim, de soif, de souffrance. Et surtout du froid. Il resserra ses mains autour de la tasse chaude et la vida d'un trait avant d'aller s'en servir une seconde. Puis il mordit dans un croissant, avala une gorgée de jus d'orange et commença à étaler un peu de confiture de fruits rouges sur un morceau de pain.

Il se sentait beaucoup mieux, et ce rêve désagréable était en train de retourner dans les limbes brumeuses d'où il venait. Tout en déjeunant, il consultait ses e-mails sur son téléphone. Il avait reçu une réponse à son rapport :

"Rapport bien reçu. Une équipe spécialisée prendra la suite de l'enquête. Vous pouvez considérer la mission comme terminée."


Voilà qui était une bonne chose, il n'avait donc plus besoin de traîner ici et pouvait repartir aussitôt son petit déjeuner terminé.

Puis brusquement, il sentit une étrange sensation de froid sur sa main. Rien d'alarmant, mais étrangement localisé. Il n'en aurait tenu aucun compte si sa cuillère s'était abstenue de décider de son propre chef de faire le saut de l'ange depuis la table. Mais elle ne s'abstint pas.

Alex se figea un moment, regardant avec les sourcils froncés l'endroit que la cuillère venait de quitter, puis tourna la tête pour regarder l'endroit où elle se situait à présent, avant de laisser ses yeux revenir sur le point de départ. Il y avait un truc pas normal là. L'homme d'affaire se leva lentement, alla ramasser la cuillère et revint à sa place.

Il continua à manger son petit déjeuner, mais en scrutant discrètement un peu partout autour de lui, pour voir s'il n'y aurait pas un enfant farceur caché derrière un rideau.
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Re: Veauce : murailles et pinailles

Message par Lucie le Lun 12 Sep - 16:51

Lucie fit la moue, ce qu’elle n’avait pas fait depuis plusieurs siècles. Les expressions corporelles utilisées par les vivants commençaient à lui revenir peu à peu à mesure qu’elle reprenait pied avec son environnement. Avec la réalité en fait. Etait-elle en train de redevenir humaine petit à petit ?
Le contact allait être difficile si cet homme n’y mettait pas du sien ! Mais elle avait réussi à capter son attention et c’était déjà un progrès. Elle n’avait qu’à réitérer l’expérience de la petite cuillère maintenant que son attention était focalisée dessus. Enfin… si elle y arrivait. Quel affreux cauchemar tout de même ! Personne ne faisait attention à elle comme si elle n’existait pas… elle détestait ça ! A vrai dire, l’indifférence des gens à son égard était vexante et agaçante. Mais il en fallait plus pour la mettre en colère, pour le moment elle allait juste se contenter de se faire entendre car elle ne supportait plus d’être transparente. Lucie agita ses fines mains devant le nez du blondinet pour voir si elle captait son regard… rien du tout.


-Hé ! Je suis là !

Soupirant, elle reporta son attention sur l’argenterie disposée sur la table et il ne lui fallut cette fois pas moins de cinq tentatives pour parvenir à faire bouger le couteau. La cinquième fois, elle y mit tant de cœur et de frustration que la lame valsa contre la tasse de café et en renversa le contenu sur la table.


LUCIE !

Le fantôme sursauta et regarda vivement autour d’elle en ressentant tout à coup le sentiment terrifiant d’avoir commis une bêtise et d’avoir été prise sur le fait par un supérieur.
Lucie…
Un nom qui lui apparaissait maintenant comme une évidence. Elle était Lucie ! Mais le reste demeurait encore trop embrumé pour qu’elle arrive à reconstituer le puzzle de ce qui avait été jadis son passé.

-Pardon messire, ne put-elle s’empêcher de dire à l’homme devant elle bien que ce dernier ne puisse bien évidemment pas l’entendre. En théorie du moins.

Etais-ce si grave de renverser quelque chose devant un homme important et de risquer de l’asperger avec sa propre boisson ? Il lui apparaissait maintenant comme évident qu’elle avait fait une erreur qui la mettait dans une situation d’inconfort et risquait de lui attirer des ennuis.
Voulant réparer le mal qu’elle avait causé, la belle ramassa la tasse et la remit à sa place l’air de rien. Elle n’avait hélas rien pour éponger le liquide et… elle se figea soudain. Mais qu’est-ce qui lui prenait ? Elle agissait comme une servante ! Ce mot évoqua soudain un écho au plus profond d’elle-même. Elle se rappela soudain d’un bâtiment tout en pierres, se dressant fièrement et abritant des personnalités importantes. Elle n’en faisait pas partie, elle n’était qu’une domestique parmi tant d’autres. C’était bien peu d’informations mais c’était un pas de géant pour le pauvre fantôme qui errait sans but depuis des siècles. Alors elle se mit à chercher au plus profond d’elle-même pour continuer à se rappeler de ce qu’elle avait perdu. Elle se rappelait clairement avoir été enfermée dans ce bâtiment lugubre, la terreur, le froid et la faim qui en avait résulté… et puis elle avait plongé dans ce rêve bizarre ou plus personne ne faisait attention à elle.
Mais quelque chose avait changé, un peu comme si elle était en train d’émerger peu à peu du cauchemar. Et elle devait ce changement à l’homme qui se tenait devant elle, ou tout du moins les choses avaient évolué depuis qu’elle le suivait. Dans ces circonstances, pas moyen qu’elle le lâche d’une semelle !
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Message par Alexandrov Kalistarine le Mer 14 Sep - 19:50

Son attention portée sur l'ensemble de son entourage, Alex reposa sa tasse de café et pris une nouvelle bouchée de croissant. Ces viennoiseries étaient vraiment un pécher mignon pour l'homme d'affaire, bien plus que les pains au chocolat, les pains aux raisins ou autres. Leur simplicité faisait ressortir le goût et la douceur du gras qui les constituait, sans être altéré par un surajout de sucre malvenu. Ce n'était certes pas le meilleur croissant qu'il ait mangé, bien loin de là, mais c'était toujours agréable, surtout après la nuit qu'il venait de passer.

Il était en train de scruter discrètement les occupants de la table voisine lorsque le couteau à beurre jusque là immobile fit une soudaine embardée, heurtant et renversant la tasse de café encore à moitié pleine. Alex se leva de sa chaise en sursaut et recula d'un pas, tant sous le coup de la surprise que pour éviter d'avoir des traces de café (brûlant) sur son costume blanc cassé. Cela attira l'attention sur lui pendant un instant mais les gens autour, déduisant qu'il avait commis une maladresse, s'en désintéressèrent aussitôt.

- Ok, là ce n'est plus drôle du tout, dit-il pour lui-même dans sa langue maternelle.

Il s'apprêtait à prendre sa serviette pour éponger la table mais se figea soudain en voyant la tasse se remettre en place toute seule. Il y avait forcément une explication logique à tout cela, et Alex avait sa petite idée sur son origine. Contournant la table sans prendre la peine de nettoyer, il repartit d'un pas pressé vers le hall et monta les escaliers pour retourner à sa chambre. Arrivé là, il entreprit de réveiller Lans sans douceur.

- Lans ! Hé Lans, debout ! C'est quoi l'histoire de ce portail ? Qu'est-ce qui justifiait ta recherche dans les environs ?

Lans remua mollement dans le lit et cligna des yeux.

- Mhgngnmqueââ ? Le portail ? Histoire ? ...... Ah, la légende ?

Il se redressa, s'assit au bord du lit face à Axel et de frotta le visage pour s'extirper du sommeil.

- Ma recherche ? J'étais venu voir si le folklore du coin pouvait avoir un rapport avec un portail, j'ai fouillé les environs et je l'ai trouvé, voilà.

- Je le sais déjà ça. Dis-m'en plus sur cette légende !

- C'est tout sur le net, t'as qu'à regarder, ronchonna-t-il en se recouchant aussi sec.

Alexandrov lâcha un soupire de frustration et ressortit de la chambre agacé. Il prit son téléphone et lança une recherche sur le château de Veauce tout en revenant à sa table. A vrai dire, c'est le genre de choses qu'il aurait dû faire avant l'exploration de la veille, mais cette mesure préventive ne s'était jamais révélée utile jusque là, et il préférais utiliser son temps à faire tourner son entreprise ou à piloter ses projets personnels en cours de développement.

De retour dans la salle à manger, il constata qu'un employé de l'hôtel était en train de réparer "sa bêtise", et en reprenant place il adressa au jeune garçon (guère plus de 18 ans, à première vue)  des excuses accompagnées d'un sourire contrit aidant à faire passer le tout.

Le château de Veauce, donc. Bâtisse datant de plus d'un millénaire perdue en plein cœur de la France et reconstruite plusieurs fois au cours des siècles, c'était une ancienne forteresse qui avait vu défiler des dizaines des générations de nobliaux et de servants. La légende parlait d'une jeune servante, Lucie, courtisée par le propriétaire de l'époque, puis jetée aux oubliettes par sa femme jalouse où elle fini par périr pour revenir hanter les lieux en tant que fantôme. A voir les différentes recherches qu'il lança concernant la jeune fille et son fantôme, c'était une légende assez peu répandue, de notoriété avant tout locale.

Mais ce qui intrigua Alex, c'était surtout la façon dont elle avait perdu la vie : seule et apeurée, mourant de froid et de soif au fond d'une geôle obscure... Exactement ce qu'il avait lui-même expérimenté cette nuit.

Alex prit sa tasse de café et tenta en vain de boire une gorgée avant de se rappeler qu'elle était vide.

Si ce portail était en lien avec la légende de Lucie, alors il pouvait mener vers un monde où son fantôme hanterait réellement le château. Et d'après ce qu'il avait vu durant son exploration, cela semblait être le cas : le portail menait vers un monde qui semblait être le passé de la Terre et, chose peu commune, à l'endroit exact où il apparaissait dans la réalité. D'ailleurs, à bien y réfléchir, ce portail ce situait dans un cachot de la tour sud-est, celle-là même où était supposément morte Lucie. De là à en conclure un lien entre les deux... il n'y avait qu'un pas.

Alex n'avait rien remarqué d’inhabituel lors de sa visite, mis à part qu'il semblait être plusieurs siècles en arrière, bien entendu, mais cela ne voulait rien dire de particulier dans la mesure où le fantôme ne se manifestait que rarement selon la légende.

Ces indices, en plus du caractère plutôt capricieux de son petit déjeuner, semblaient donc indiquer que ce fantôme l'avait peut-être suivit sur Terre. Et si tel était le cas, cela allait l'obliger à modifier son rapport, ce dont il n'avait aucune envie. Mais il était obligé de s'en assurer, d'en avoir le cœur net. Une question de conscience professionnelle.
Il commença à réorganiser les différents éléments sur la table : cuillère, couteau, tasse, etc, vida son verre de jus d'orange et s'adossa dans sa chaise.

- Très bien ! Si tu es un fantôme, fais quelques chose !
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Message par Lucie le Mar 20 Sep - 13:59

Visiblement mécontent de l’incident, sa victim cible se leva précipitamment pour échapper au liquide noirâtre qui menaçait de s’écouler sur son vêtement. Puis il maugréa quelque chose, dans une langue que Lucie n’aurait pas dû comprendre et qui ne lui paraissait pas du tout familière… pourtant elle comprit. Et elle s’en étonna.


- Ok, là ce n'est plus drôle du tout !

Lucie se figea. Zut, elle l’avait mis en colère ! Mais à quoi bon s’excuser à nouveau puisqu’elle avait été superbement ignorée la première fois ? Alors qu’elle le voyait s’éclipser précipitamment de la pièce, la servante fut tiraillée entre son devoir de domestique qui se devait de nettoyer et son besoin presque obsessionnel d’entrer en contact avec une autre personne. Elle ne supportait plus d’être ignorée et c’est ce qui la motiva à abandonner la table pour lui emboiter le pas.


- Où allez-vous messire ? Je suis là !

Malgré ses quelques tentatives d’interpellation, elle se rendit compte bien vite que sa voix ne portait pas ou que son voisin l’ignorait délibérément. Attristée mais pas vraiment surprise, elle entra avec lui dans la chambre et assista à une discussion des plus singulières dont elle ne comprit pas un traitre mot. Le dénommé Lans ne parut pas très réceptif à la demande de son compagnon mais ce dernier du se satisfaire de la réponse puisqu’il fit rapidement demi-tour pour retourner au salon, son curieux objet à la main. Alors qu’elle voulait regarder ce qui fascinait tant l’homme en s’en rapprochant, l’objet lumineux se remit à émettre des interférences. Lucie fit la moue, cette chose semblait plus réceptive que son propriétaire, c’était un peu triste quand même.
Dans la salle à manger de l’auberge, un domestique était en train de nettoyer la table et Lucie lui adressa un sourire, bien qu’il ne puisse la voir. Quelques instants plus tard, le blondinet se rassit et se mit à organiser les couverts avec le plus grand sérieux.

- Très bien ! Si tu es un fantôme, fais quelques chose !

Lucie suivi le regard de l’homme et observa les alentours pour essayer de comprendre à qui il s’adressait. Puis elle réalisa que le « fantôme » c’était peut-être elle…

-Malpolis ! Je ne suis pas du tout un fantôme ! S’écria-t-elle d’un air boudeur. Je fais juste un terrible cauchemar et je prie le ciel pour m’en réveiller rapidement…

Mais son interlocuteur semblait attendre une réponse.

-Je suis là ! Houhou ! Lança-t-elle en agitant ses mains devant lui.

Rien à faire, cet homme était aussi aveugle qu’une taupe. Elle soupira. Même du temps où elle travaillait au château, les nobles la traitaient avec moins d’indifférence… plus de mépris parfois… mais au moins ils la voyaient. Son passé lui revenait par bribes. Qui sait, peut-être que dans quelques temps elle se souviendrait de tout ?
Hésitante, Lucie porta son regard sur les objets qui trônaient sur la table. Elle allait éviter de renverser la tasse, la dernière fois que c’était arrivé le blondinet s’était enfui dans la chambre. Peut-être un couvert ? Elle arrivait à les toucher de courts instants mais pas assez pour les tenir très longtemps. Elle était comme un nouveau-né qui maitrisait encore mal ses membres… Concentrée, la jeune femme tenta de s’emparer de la cuillère. Il lui fallut plusieurs tentatives pour parvenir à la prendre dans sa main et la soulever de quelques centimètres… puis la cuillère passa à travers sa peau et retomba lourdement sur la table avec un bruit de métal heurté. Lucie soupira. Qu’avait-elle fait au bon dieu pour être handicapé de la sorte ?
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Re: Veauce : murailles et pinailles

Message par Alexandrov Kalistarine le Jeu 22 Sep - 11:33

Alex attendit un moment dans le silence que quelque chose se passe. A vrai dire, il ne savait pas précisément à quoi il pouvait s'attendre et se demanda fugacement ce qui lui passait par la tête. Il parlait seul, en croyant s'adresser à une entité immatérielle invisible qui n'était peut-être même pas là, et devait passer pour quelqu'un de pas très net, même s'il faisait des efforts pour parler discrètement. Cela dit, passer pour un excentrique était chose courante lorsqu'on travail avec les portail et le gens qui les avaient traversés.

Seulement depuis qu'il avait découvert la réalité des autres réalités, il avait pris conscience qu'à peu près tout était possible aux abord d'un portail, et que si un phénomène étrange se produisait effectivement quelque part, il y avait souvent un portail pas loin. Alors si une légende locale disait qu'un fantôme se promenait dans les parages et qu'un portail se trouvait précisément à l'endroit que racontait cette légende, il avait soudainement de bonne raisons de croire qu'un fantôme pouvait effectivement se trouver là.

La croyance se diffusait au début comme une simple rumeur, un bruit de couloir que les servantes se rapportaient avec des airs de conspiration pour égayer la monotonie de leur vie austère. Puis la rumeur enflait et se transformait en histoire, puis en folklore et enfin en légende. Et alors, cette prenait corps à Sempiternel, et pouvait se retrouver reliée à la Terre, s'y manifestant effectivement. Ainsi l'imaginaire prenait pied dans le réel et alimentait l'imaginaire qui renforçait sa réalité. L'ultime paradoxe de ce monde et des autres.

Les secondes défilèrent, et le jeune homme était sur le point de repartir soulagé lorsque sa cuillère posée sur la table décida soudainement de s'élever un peu plus haut, rien de visible ne pouvant expliquer ce mouvement. L'objet sembla léviter un instant à quelque centimètres dans les airs avant de retomber brusquement plus ou moins à sa place.

Cela ressemblait fortement à une confirmation, la cuillère, ou ce qui l'avait soulevée, semblant avoir répondu à l'injonction de l'homme d'affaires. Il semblerait donc qu'un fantôme vaquait autour de lui. Seulement les fantômes n'existaient pas. Du moins pas sur Terre. Il devait donc avoir franchi le portail qui se trouvait dans le château pour arriver ici. Et puisqu'il semblait s'affairer autour d'Alex, c'est qu'il l'avait probablement suivit.

Ce portail étant situé dans le lieu même où la légende de Lucie avait cours, la probabilité qu'il s'agisse effectivement d'elle était élevée, mais ce n'était pas tout-à-fait certain. Alex avait fini par comprendre que certains mondes semblables avaient fusionnés pour n'en former qu'un, et il se pouvait qu'autre chose soit passé par le portail de Lucie. Il allait falloir s'en assurer, afin que le rapport complémentait qu'il allait devoir rédiger soit le plus précis possible.

Ayant terminé son petit déjeuner, Alex se leva. Etait-il possible d'établir une vraie communication avec ce fantôme ? Il semblait capable d’interagir avec des objets, et peut-être même qu'il avait réellement répondu à l'ordre d'Alex, bien que cela puisse tout aussi bien être une coïncidence. Ce dernier ce dirigea vers l'accueil de l'hôtel, mais au lieu de monter vers les chambres, il prit sur la droite et sortit de l'établissement.

Il s'éloigna un peu de l'entrée, se pencha pour ramasser un caillou par terre et alla s'assoir sur un muret, à un endroit où il avait peu de chances d'être vu. Puis il reposa le caillou sur le muret à côté de lui.

Le mouvement de la cuillère avait été un peu étrange, et rappelait à Alex ce que ferait un haltérophile avec une charge extrêmement lourde : il s'efforce de la soulever, la faisant monter progressivement, puis la lâche soudainement tant elle est trop lourde pour lui. Si, pour une raison ou une autre, la capacité d'interaction du fantôme était limitée, kil valait mieux lui faciliter la tâche. C'est pourquoi il avait choisi un caillou le plus rond possible, loin de ressembler à une bille, mais ce n'était pas un galet tout plat.

- Très bien, on va essayer, dit-il doucement. Si tu peux me comprendre, fait bouger ce caillou vers moi.

Il parlait non plus avec de la défiance dans la voix mais au contraire sur un ton apaisant indiquant qu'il n'avait aucune hostilité.
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Message par Lucie le Dim 25 Sep - 16:46

Malgré le déni évident de la jeune femme devant l’évidence, cette dernière repensait à ce que lui avait dit l’étranger.
« Si tu es un fantôme… »

Elle n’y croyait pas un seul instant, elle refusait d’admettre la chose et pourtant, ces quelques mots avaient réussi à instaurer un profond malaise en elle. Cela pouvait effectivement expliquer beaucoup de choses mais… non, elle ne pouvait pas être morte. Son âme éternelle s’en serait allée vers le ciel, jamais elle n’aurait erré sur Terre. Elle avait logiquement conclu qu’elle s’était endormie dans cette tour froide et qu’elle nageait dans un rêve depuis très longtemps. Si elle était morte elle le saurait forcément. La tour… les choses lui revenaient lentement. Douloureusement. Le baron allait venir la sauver bientôt, elle en était convaincue. Il la secouerait et la sortirait de ce cauchemar et elle pourrait enfin sortir de sa prison !
L’homme avait l’air de réagir à sa présence et, s’il ne la voyait pas, il agissait au moins comme si elle existait. Elle n’avait peut-être pas eu tort en essayant d’établir un contact avec lui ; peut-être qu’il arriverait à faire évoluer la situation. A l’aider à comprendre ce qu’elle faisait là et pourquoi… il se leva finalement et s’éloigna. Lucie le regarda partir, dépitée. Etait-il déjà lassé d’elle ? Elle décida de le suivre malgré tout. Actuellement il était le seul à avoir pris conscience de son existence et se simple fait donnait à l’homme une grande importance aux yeux de Lucie. La fantomette poursuivit donc Alexandrov jusqu’à l’extérieur et le regarda faire son manège avec son cailloux d’un air curieux. C’est seulement lorsqu’il s’adressa à nouveau à elle qu’elle eut la confirmation que tout ça lui était adressé. Est-ce qu’il la testait pour savoir si elle l’avait bien suivi dehors ? C’était ça la raison de ce départ de la salle à manger, vérifier si elle en avait après lui ou si le premier contact avait été établit par hasard ?

- Très bien, on va essayer. Si tu peux me comprendre, fait bouger ce caillou vers moi.

Sa voix était étonnamment bienveillante comparé au ton qu’il avait employé jusqu’à présent. C’était réconfortant de savoir que quelqu’un se préoccupait enfin d’elle. Quant à savoir ce qu’il se passait dans la tête de cet étranger… difficile à dire. Il voulait qu’elle fasse bouger le caillou vers lui. C’était une consigne simple et réalisable. Depuis peu, elle se savait capable de déplacer de petits objets sur de courtes distances. Elle y arrivait rarement du premier coup mais avec un effort de concentration elle pouvait le faire. Elle s’exécuta donc et poussa la pierre vers lui avec plus ou moins de délicatesse après quatre ou cinq essais infructueux.


-Si seulement vous pouviez m’entendre, soupira la belle Lucie. J’ai tant besoin de comprendre de ce qu’il m’arrive et si peu de moyens pour y parvenir…
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Re: Veauce : murailles et pinailles

Message par Alexandrov Kalistarine le Jeu 29 Sep - 16:14

Une fois encore, plusieurs secondes s'écoulèrent dans le silence et l'immobilité, puis le caillou de déplaça sans que rien d'apparent ne le fasse bouger.

Apparemment, le raisonnement d'Alex était juste, il y avait bien un fantôme dans les environs, mais en plus, pour une raison inconnue, il semblait le suivre. Au moins, une communication, même rudimentaire, avait été établie et c'était un bon début. Maintenant, il devait essaye de comprendre plus précisément ce qui se passait pour mettre à jour son rapport.

- Es-tu Lucie ? Demanda-t-il à l'entité invisible qui lui tournait autour, avant de s'aviser qu'ils devraient convenir d'un code pour se comprendre. Bouge le caillou vers l'avant pour oui et vers l'arrière pour non.

Les réponses du fantôme étant fortement limitées par le seul mode de communication à leur disposition, il était obligé de recourir à des question fermées, ce qui limitait grandement les possibilités de conversation. L'homme d'affaires aurait très bien pu considérer que cela n'en valait pas la peine et tourner les talons, puisqu'un fantôme ne pouvait pas vraiment se rendre utile et que son monde d'origine ne recelait manifestement rien d'utilisable, ni pour lui ni pour Utopia. L'explication était pourtant simple : Alex avait le soucis du travail bien fait, et sa conscience professionnelle le poussait à accomplir sa tâche jusqu'au bout, même lorsque celle-ci ne l'enchantait pas.

Quelques secondes de plus, et le caillou bougea vers l'avant. Alex hocha la tête pour lui même, ceci confirmant son hypothèse. Il était donc face au fantôme de Lucie, l'objet même de la légende locale, et probablement la source de la naissance du portail au fin-fond du château.

- M'as-tu suivi a travers le portail ?

Alex attendit un moment, mais le caillou ne bougea pas, ce qui était un peu étrange. Soit le fantôme s'était déjà lassé de ce petit jeu, soit la réponse à sa question n'était ni un oui, ni un non. Il se demanda ce qu'il clochait puis se rappela que les Légendes ne pouvaient pas voir les portail avant de les avoir eux-même traversés. Il reformula donc sa question.

- M'as tu suivi dans les cachots ou connaissais-tu cet endroit avant ?

Le temps fila et aucune réponse ne vint. Alex était dubitatif. Il semblait qu'il ne parviendrait pas à établir ce point sans un moyen de communication plus élaboré, il mit donc cela de côté et passa à la suite. Le problème était qu'en se limitant à des questions fermées, il ne pouvait pas apprendre grand chose à moins d'y passer des heures et des heures. Il essaya d'une autre manière.

- Tu viens du château, n'est-ce pas ? Demanda-t-il en désignant la bâtisse en haut de la colline dont on pouvait voir les tours.

Cette fois il obtint une réponse. Positive.

- Tu l'as quitté en même temps que moi, hier ?

Nouvelle réponse positive. On avançait. Lucie l'avait donc bien suivi à travers le portail au retour de son escapade, et puisqu'elle n'avait pas su répondre à sa question sur le portail, ce devait être sa première fois. Il aurait bien voulu lui demander pourquoi elle l'avait suivit, mais un simple caillou ne permettrait jamais une réponse à cette question.

Et donc, que faire à présent ? Déjà, il devait compléter son rapport pour y ajouter ce nouvel évènement. Ensuite, puisqu'il n'avait plus rien à faire dans le coin, il devait reprendre la route au plus vite pour ne pas louper son rendez-vous avec Hadès.

- Le problème, vois-tu, c'est qu'en me suivant tu as traversé un portail et tu n'es plus dans ton monde, tu es venue dans le miens. Pour y retourner, il te suffit de regagner les cachots de la tour sud-est du château, tu devrais y voir un portail, une sorte de grand disque lumineux, dans une des cellules. Il te ramènera chez toi.

Mais un fantôme avait-il vraiment un chez lui ? Il n'avait rien à faire sur Terre en tout cas, mais Alex ne se souciait guère que ce qu'elle allait faire. Sa mission était accomplie, et il passait à la suivante de ses affaires, à savoir la présentation du Flybot à Hadès. Il se leva donc et retourna dans l'hôtel, pour monter dans sa chambre terminer son rapport. Lans était descendu prendre son petit déjeuner. Alex s'assit sur le lit, alluma son ordinateur et commença à taper l'addendum.
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Re: Veauce : murailles et pinailles

Message par Lucie le Mer 5 Oct - 19:32

- Es-tu Lucie ?

Naturellement, Lucie répondit par l’affirmative. La question était sans ambiguïté, facile. Elle songea que ce ne serait peut-être pas toujours le cas.

- M'as-tu suivi à travers le portail ?

Lucie fixa l’homme, puis le caillou, puis à nouveau l’homme. Elle ne comprenait pas où il voulait en venir. Mentalement, elle tenta de retracer son voyage jusqu’à l’auberge et chercha des traces d’un quelconque portail qui aurait pu avoir assez d’être importance pour être évoqué. Peut-être à l’entrée d’une propriété ? De l’auberge ? Rien, nada. Et pas moyen de demander des détails à l’homme… ce petit jeu du caillou limitait considérablement l’échange. A vrai dire cela fonctionnait presque en sens unique : il posait des questions, toujours fermées, et elle répondait par oui ou non.
Après un instant d’hésitation, Lucie renonça finalement à toucher le cailloux et espéra qu’il comprendrait le message.

- M'as-tu suivi dans les cachots ou connaissais-tu cet endroit avant ?

Les cachots ? Ce n’était tout de même pas le nom de cette luxueuse auberge ? A nouveau, Lucie ne comprit pas la question. Ça aurait été peut-être différent si son voisin avait évoqué la tour, qui n’était pas vraiment un cachot mais une pièce simple et peu utilisée dans laquelle on l’avait enfermé sans plus de cérémonie.

- Tu viens du château, n'est-ce pas ?

Ah, à cela elle pouvait répondre. Positif, bien sûr.

- Tu l'as quitté en même temps que moi, hier ?

En effet, elle se souvenait bien l’avoir suivi. En revanche elle ne se rappelait plus exactement à partir de quand elle avait réalisé qu’elle avait pénétré dans un endroit tout à fait nouveau, un village qui n’avait plus rien à voir avec ce qu’elle avait connu jadis. Et puis il y avait tous ces objets bizarres qui faisaient du bruit et de la lumière et que les gens utilisaient dans leurs gestes quotidiens…

- Le problème, vois-tu, c'est qu'en me suivant tu as traversé un portail et tu n'es plus dans ton monde, tu es venue dans le mien. Pour y retourner, il te suffit de regagner les cachots de la tour sud-est du château, tu devrais y voir un portail, une sorte de grand disque lumineux, dans une des cellules. Il te ramènera chez toi.

Heiiiiiiiin ? Soit cet homme était fou, soit c’était bien la preuve qu’elle se trouvait dans un profond cauchemar. Il lui avait dit qu’elle était morte. Se trouvait-elle en enfer, condamnée à errer dans des songes plus terribles et déroutants les uns que les autres sans possibilités de communiquer avec qui que ce soit ? Sa punition pour avoir aimé en dehors du mariage et poussé un homme à commettre un adultère… techniquement c’était le baron qui l’avait longtemps poursuivit de ses assiduités avant qu’elle ne finisse par accepter ses avances. Mais la femme était naturellement pècheresse, on le lui avait appris dès sa plus tendre jeunesse…

Cela dit, cet homme lui donnait visiblement une chance de rentrer chez elle. Vérité ou tromperie ?
Un souvenir marquant se rappela à elle et elle se vit, errante, sans but et sans mémoire dans les couloirs du château. Souvenir malsain qui la fit trembler. Combien de temps avait-elle tourné en rond là-dedans ? Elle ne savait pas pourquoi mais cet endroit, cet autre monde comme le qualifiait l’étranger, aussi étrange soit-il, avait un effet bénéfique sur elle. Depuis peu, elle commençait à retrouver des résurgences de son passé, de son identité, une volonté propre… N’allait-elle pas perdre à nouveau tout ce qu’elle avait gagné si elle retournait là-bas ? Bien sûr elle aurait une chance de retrouver le baron mais… non. Définitivement non. Quelque chose lui échappait, son instinct lui disait de rester là et de ne pas perdre de vu cet homme blond. C’était peut-être un démon, ou bien une hallucination, mais il avait l’air d’en savoir plus sur elle qu’elle n’en savait elle-même et cela faisait toute la différence. Comment pouvait-il connaitre son prénom ? Et la mention de la tour où elle avait été emprisonnée ? C’était bien la preuve que cet homme sortait tout droit de son imagination non ? Ou bien qu’elle était tourmentée par des forces supérieures. Dans ce dernier cas, si elle se trouvait vraiment en enfer, elle doutait que le fait de retourner au château puisse l’aider d’une manière ou d’une autre.
Lucie voulut déplacer le caillou, marquer sa réponse négative et elle le fit, mais l’homme avait déjà bougé et repartait vers l’auberge. Lucie marqua un temps d’arrêt, outrée par le comportement de cet étranger.

-Maudit démon, maugréa t-elle. Ou hallucination… quoi que tu sois, ne compte pas me fausser compagnie je n’en ai pas finis avec toi !

Pouvait-elle vraiment se permettre ce genre de familiarité avec lui ? D’un autre côté il ne semblait pas entendre ce qu’elle disait alors autant en profiter. Elle le suivi sans faire de bruits en essayant d’attirer son attention par des grimaces et des altercations. Rien ne fonctionnait mais ça la défoulait un peu et ce n’était pas plus mal. Elle commençait à voir des avantages au fait de ne pas être vu ni entendu. C’était excessivement frustrant, bien sûr, mais d’un autre côté elle pouvait suivre et embêter tous les gens qu’elle voulait sans risquer d’être châtiée. L’étranger – c’est ainsi qu’elle le percevait depuis qu’elle l’avait entendu parler dans cette langue bizarre – retourna dans sa chambre. Elle aperçut l’autre homme sur le chemin mais ne s’intéressa pas à lui. L’étranger sorti un nouvel instrument bizarre et se plongea dans sa contemplation, bien installé sur son lit. Non… il le manipulait. Lucie lui tourna autour, étudiant l’objet avec curiosité avant de se pencher par-dessus l’épaule du blond pour étudier ce qu’il regardait avec tant d’intérêt. Par tous les saints ! Des écritures apparaissaient dessus alors qu’il agitait ses doigts. Si elle en avait douté, elle pouvait commencer à se poser de sérieuses questions. Cet homme était forcément magicien, il n’y avait pas d’autres explications !  Elle se rassura toutefois en se rappelant qu’il ne pouvait pas la voir et donc lui nuire. Mais peut-être qu’un de ses tours de magies pouvait changer la donne ?

« Suite à la mission, j'ai constaté autour de moi des phénomènes inhabituels : des objets se mouvant sans que rien d'apparent ne les fasse bouger. Une courte enquête fait apparaître que le portail, comme supposés, était lié à une légende locale mentionnant le fantôme d'une jeune fille du nom de Lucie, servante au château de son vivant. Elle existait donc bien en tant que fantôme de l'autre côté du portail, et il semble qu'elle m'ait suivit sur Terre à mon retour de mission. »

Le retour du fameux portail… Mais c’était quoi cette histoire de légende locale la prenant comme sujet principal ? Il y avait bien des rumeurs qui courraient sur le baron et elle au château, elle n’était pas assez stupide pour ne pas s’en rendre compte, mais là ça n’avait rien à voir. Cet homme  venait d’inscrire à l’aide de sa magie qu’elle était morte et qu’une légende courrait sur elle à posteriori. Pire, qu’elle ne venait pas d’ici mais d’un autre monde et qu’elle serait arrivée en traversant un portail magique. Pour un peu elle se serait crue l’héroïne d’un conte. Le problème c’était qu’elle était bien réelle et que, de ce fait, le reste ne pouvait l’être. Il n’existait pas d’autres mondes, c’était inenvisageable. Les sœurs lui avaient bien fait la leçon : quand on mourrait on allait au paradis, le domaine du seigneur tout puissant, ou en enfer, celui du diable. Il n’y avait pas d’option « autre monde » ! Seuls les pêcheurs et les païens pensaient ainsi. Ne pouvant réfréner sa curiosité, Lucie ne put s’empêcher de lire la suite tout en se demandant comment elle parvenait à déchiffrer cette langue qui lui était étrangère.

« Elle demeure invisible, mais peut déplacer des objets, manifestant ainsi sa présence. Elle ne semble pas représenter une menace, tout au plus un désagrément passager pour les locaux. »

Lucie lança un regard courroucé à l’homme.

-Espèce de rustre ! Je ne suis pas un « désagrément passager » !

« Etant incapable de la reconduire moi-même dans son monde, je lui ai conseillé d'y retourner d'elle-même, mais je ne peux assurer qu'elle obtempèrera. »

-Exactement, tu ne m’y contraindras pas, magicien de pacotille ! Lança-t-elle en lui tirant la langue.

C’était terriblement péril et enfantin mais ça défoulait. Voulant manifester sa présence et se venger gentiment de l’offense, elle attrapa un coussin et le lança de toutes ses forces sur l’homme.

-Tiens ! Maintenant tu peux dire que ma présence est un désagrément !

Autant dire qu’il le reçue mollement sur la tête. Cela dit, Lucie n’était pas peu fière d’avoir réussi à soulever un objet de cette taille et de ce poids. Qui sait, peut-être qu’elle pourrait bientôt avoir de vrais interactions physiques avec les gens !
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Re: Veauce : murailles et pinailles

Message par Alexandrov Kalistarine le Lun 10 Oct - 22:38

Alors qu'il terminait l’addendum à son rapport, y apposant la signature numérique requise et ajoutant à l'en-tête du message la référence du premier rapport envoyé la veille afin que la base de données d'Utopia puisse faire l'association, Alex reçu en pleine tête un cousin venu de nulle part. Ou plutôt venu tout droit du lit d'à côté, mais voltigeant en l'air.

Il sursauta, pris par surprise, et manqua en faire tomber son ordinateur, qu'il rattrapa de justesse. Il regarda autour de lui, mais naturellement il ne vit rien. Tout en proférant un "Lucie !" tout à la fois rageur et interrogateur (oui oui, c'est possible), il remit l'appareil d'aplomb et cliqua sur "Envoyer" avant de le refermer et de le poser à plat sur le bureau. Puis sur ce, il se retourna pour regarder... eh bien il ne savait pas trop où regarder et ne pouvait que se contenter de balayer la pièce d'un regard mécontent.

- Mais qu'est-ce qui te prend ? Qu'est-ce que tu fiches encore ici ?

C'était une bonne question ça ! Elle semblait le suivre depuis son petit-déjeuner. Pourquoi faisait-elle cela ? D'accord, il était la première personne étrangère à son monde qu'elle voyait, et c'était manifestement lui qui l'avait involontairement guidées jusqu'à la Terre, mais ce n'était pas une raison. Ce monde, nouveau pour elle, regorgeait de curiosités et de milliers de choses qui auraient pu lui sembler miraculeuses, ou au moins très attirantes, mais elle semblait restée collée à lui. Si elle s'obstinait dans cette voie, cela risquait de devenir très ennuyeux pour l'homme d'affaire qu'il était. Il devait se débarrasser d'elle au plus vite, et puisqu'il ne pouvait pas l'y contraindre, il allait devoir la persuader.

Après quelques secondes de silence, il se retourna à nouveau, tournant le dos à la pièce, et entreprit de remettre dans sa valise (de petite contenance, pour voyages courts) ses vêtements de la veille éparpillés au sol, tout en s'adressant au fantôme. Il tâcha de se calmer, et parler sur un ton calme, légèrement cajoleur, comme un grand frère qui apprendrait une leçon essentielle de la vie à son cadet.

- Écoute, si tu n'as pas envie de retourner dans ton monde pour le moment, je peux comprendre. Après-tout tu débarques ici, dans un lieu inconnu, rempli de choses incroyables, c'est normal que tu veuilles en voir plus. Seulement moi, je n'ai rien à t'apporter, je suis quelqu'un de très occupé, je voyage beaucoup, d'ailleurs j'ai un vol dans une heure et je ne dois partir immédiatement. Tu trouveras tout ce qu'il faut pour t’émerveiller ici, ou même ailleurs, il y a suffisamment à voir et à faire pour que tu ne t'ennuie pas avant très longtemps. Et tu n'as pas besoin pour cela de te coller à un homme ennuyeux qui ne fait que d'aller voir des gens tout aussi ennuyeux pour parler affaires, ce serais du gâchis, tu ne crois pas ?

Comme il terminait de parler, il replace son ordinateur dans sa house de protection et rangea le tout dans la valise qu'il referma. Enfin, il attrapa la poignée du bagage et se dirigea vers la porte.

- Aller, profite bien de toutes ces nouveautés. Adieu Lucie ! Termina-t-il d'un ton enjoué et d'une sincérité étonnamment bien imitée en quittant la pièce.

Tout en descendant l'escalier, il regarda sa montre. Son taxi serait là d'une minute à l'autre pour le conduire l'aéroport.
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